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Sicile, l’île convoitée.

Sicile, l’île convoitée.

Convoitée par les Phéniciens, les Grecs, les Romains, les Arabes et les Normands. La Sicile a toujours attiré ceux qui rêvaient de la posséder. Pour la défendre, ses habitants ont dressé des forteresses sur les hauteurs, creusé la roche et veillé sur leurs côtes. De Castelbuono aux latomies de Syracuse, jusqu’aux plages de Mondello, voyage au cœur d’une île où tant de peuples se sont croisés.

 

Castelbuono, la pierre dressée contre les envahisseurs

Perchée à plus de 400 mètres dans le parc des Madonie, Castelbuono incarne la logique défensive d’une île que chacun voulait posséder. Son château des Ventimiglia, érigé au XIVᵉ siècle, domine les toits de pierre et les ruelles qui dévalent la colline. Ses tours carrées, ses murs épais et sa position stratégique permettaient de surveiller la vallée et de repérer toute menace bien avant son arrivée. Ici, la pierre fut pensée comme un bouclier. Pourtant, derrière les remparts, la ville cultivait déjà l’art de vivre. La chapelle Sainte-Anne, éclatante de stucs de Giacomo Serpotta, rappelle que la forteresse abritait aussi la foi et le raffinement. Aujourd’hui, les visiteurs y goûtent la manne, sève sucrée des frênes voisins, et mesurent combien ces hauteurs ont protégé un peuple, mais aussi ses saveurs, ses rites et sa mémoire. Castelbuono n’est pas un simple village perché : c’est un abri patiemment bâti.

 

Syracuse, les latomies : prison de pierre des vaincus, orgueil des conquérants

Sur la côte orientale, Syracuse raconte l’autre face de cette histoire : celle des conquérants. Fondée par les Corinthiens en 734 avant J.-C., elle devint l’une des cités les plus puissantes du monde grec, rivalisant avec Athènes. Sa défense reposait sur le château d’Euryale et des murailles gigantesques, mais aussi sur la pierre elle-même. Les latomies, immenses carrières creusées pour bâtir la ville, devinrent tour à tour prisons, refuges et jardins. Dans celle du Paradis s’ouvre l’Oreille de Denys, grotte à l’acoustique saisissante, dont la légende prétend que le tyran y épiait ses prisonniers. Après l’expédition athénienne désastreuse de 413, des milliers de captifs y furent enfermés. Ainsi, la même roche qui édifia la grandeur de Syracuse servit à garder ses ennemis, preuve que, en Sicile, le sol fournit à la fois les murs et les cachots.

 

Mondello et les rivages, là où tous les peuples ont jeté l’ancre

Mais l’île n’est pas faite que de forteresses : ses rivages ont accueilli, eux aussi, d’innombrables navigateurs. Phéniciens, Grecs, Arabes, Normands y ont jeté l’ancre, attirés par des eaux limpides et des baies généreuses. Parmi elles, Mondello, à quelques kilomètres de Palerme. Un croissant de sable clair entre le mont Pellegrino et le mont Gallo. Au début du XXᵉ siècle, une station balnéaire y fut aménagée, avec son établissement de bains Liberty posé sur pilotis, devenu emblème de la baie. L’eau turquoise et peu profonde y fait le bonheur des familles. Les terrasses des cafés s’animent au coucher du soleil. Après les remparts et les carrières, la plage apparaît comme l’ultime vestige d’une Sicile ouverte. Chaque vague rappelle que cette terre convoitée fut aussi une terre d’accueil.

 

Discours du prince Fabrizio Salina à méditer.

Laissez-vous guider par Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Dans ce grand roman de la Sicile, un prince voit son monde vaciller au moment où l’île change de maître une fois de plus. Vous y retrouverez, avec une rare élégance, la mélancolie d’une terre foulée par tant de peuples, ses paysages brûlés de soleil et son goût du secret.

Une lecture idéale avant de partir, ou pour faire durer le voyage au retour. La Sicile résiste au changement : l’île a été foulée pendant vingt-cinq siècles par des colonisateurs successifs, Phéniciens, Grecs, Arabes, Normands, Espagnols, et chacun l’a laissée marquée sans jamais vraiment la transformer.

 

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